Lors du Town Hall du 07/03/2024, notre DRH disait : “il manque un dialogue social constructif que je suis heureuse de pouvoir avoir avec notre CEO et accompagner des élus dans un cardre formel comme les NAO¹”²
Mais le dialogue social™, c’est quoi ?
C’est un ensemble des réunions entre les représentants des salariés (la plupart du temps les syndicats) et les représentants du patronats.
A quoi ça sert ?
A fixer les conditions de travail, les niveau de salaire, les conventions collectives etc…
Mais l’expression même de “dialogue social™” nous met sur 3 fausses pistes :
- égalité là où il y a une asymétrie
- discussion là où il y a une négociation entre puissances
- concertation dépolitisée là où il y a un conflit politique
Dialogues contre inégalités socio-économiques
“Bedrock est une grande famille”²
Les rapports entre l’employeur et l’employé sont profondément inégaux, du fait du lien de subordination (il est même le critère décisif pour déterminer la qualité de salarié). C’est donc le propriétaire des moyens de production qui décide, donc le patron.
Qu’un salarié soit qualifié de “collaborateur™” n’en fait pas un associé pour autant. C’est toujours le patron (ou ses représentants) qui décide des augmentations, des délocalisations, des embauches, des licenciements, etc.
Dès lors, peut-on vraiment négocier d’égal à égal avec quelqu’un à qui l’on doit obéissance ? Le dialogue tel qu’on nous le présente existe-t-il réellement ? Cette fiction dans laquelle des employés, juridiquement subordonés et économiquement dominés, parlent d’égal à égal avec leur employeur suffit-elle a effacer les inégalités réelles ?
Pas de négociation sans rapport de force
“Ma porte est ouverte”²
Le dialogue social™ laisse entendre que tout se déroule en climat apaisé. L’absence de conflit serait le préalable au dialogue, c’est d’ailleurs ce que réclame notre DRH quand elle dit “passer de pas de remontée officielle de la part du CSE à un mouvement d’une telle ampleur, c’est extrêmement violent et choquant” en parlant de la grève de 2024.
Or le dialogue n’est pas la négociation. Le dialogue implique l’égalité, la négociation implique l’équilibre entre des puissances. Il n’y a de négociation que si on a des choses à concéder, des menaces à ne pas mettre à éxécution. On ne négocie pas avec celui qu’on domine. On lui impose nos choix.
Il est donc nécessaire d’avoir un conflit comme préalable à la négociation si l’on veut espérer obtenir quoi que ce soit. Sans rapport de force établi, on ne peut espérer se poser comme interlocuteur légitime.
Que signifie se constituer comme puissance ? S’unir, se regrouper en syndicat, attaquer aux prud’hommes, faire grève.
Tout conflit est politique
“Si vous êtes une entreprise internationale de la tech, je pense que la grève n’est pas la bonne manière de faire”²
Si l’on met en avant l’aspect social, c’est pour mieux masquer les enjeux politiques. Il y aurait le plan économique d’un côté (la stratégie business), et l’aspect social de l’autre (les salaires), parfaitement cloisonnés. Comme s’il était impossible d’arbitrer entre les différentes parties prenantes.
Sur quelle base se répartit la valeur ajoutée produite par une entreprise ? Et bien il n’y a aucune règle, pas de répartition objective. C’est le rapport de force qui la détermine. Ce n’est pas une mesure universelle, c’est le résultat d’une négociation entre deux forces qui s’opposent, et donc politiques.
Or, du fait du lien de subordination, l’employeur domine massivement dans cet arbitrage. La seule solution pour les employés de peser dans les décisions est d’établir un rapport de force qui leur soit plus favorable. C’est une situation objective qui tient à la nature même de l’entreprise et du système capitaliste dans son ensemble.
Alors pourquoi la direction veut un dialogue social™ ?
“Faire grève a toujours des effets négatifs, et personnelement, je n’ai aucun intérêt à parler à quelqu’un qui fait cette grève”²
Une société juste est une société qui n’est pas dans la dénégation des rapports de force qui la traverse. Nier ce rapport est irresponsable et mène inévitablement au conflit. La direction voudrait donc plus de dialogue social et moins de grève. En nous faisant croire que nous sommes tous sur le même bateau et qu’il suffirait de dialoguer, de la convaincre avec des arguments, elle cherche à nous diviser, à nous dissuader d’établir un rapport de force en nous culpabilisant.
Mais ce n’est pas en restant isolés, désorganisés, ou en envoyant nos délégués négocier seuls en NAO sans les soutenir avec des actions concrètes que nous obtiendrons quoi que ce soit. Ce que nous obtiendrons, nous l’arracherons en renversant le rapport de force qui nous est actuellement défavorable.
- Négociations Anuelles Obligatoires
- Toutes les citations sont extraites du Town Hall du 07/03/2024